moncoutant.net  ❱❱  les légendes et l'histoire

un jour une image : mon album photo public ou privé

Chez nos voisins de Menomblet (85) : une découverte enfouie depuis la préhistoire...

© Sur la base d'un article écrit par Joseph POUPIN (02-2003) pour moncoutant.net actualisé par S.Poupin (mise à jour le 11 avril 2025)

La Préhistoire à Menomblet & le(s) Polissoir(s) du Moulin David.
Tout commence en mai 1913 où Lucien ROUSSEAU¹ fait la découverte d’un polissoir Néolithique inconnu : Extrait de la revue de la Société Préhistorique Française [tome 11, n°4, 1914 pages 237 à 241]²


❝ Dans le courant du mois de mai 1913, étant en excursion avec deux collègues et amis de la Société Préhistorique Française, MM. le Dr Marcel Baudouin (Paris) et le Dr Émile Boismoreau (Saint-Mesmin-le-Vieux, Vendée), dans la région comprise entre Menomblet, Saint-Pierre-du-Chemin et Saint-Marsault, sur la limite Nord-est de la Vendée, à 1 kilomètre environ des Deux-Sèvres (Fig. 1), nous eûmes la chance de découvrir un Polissoir, qui, croyons-nous, n'a encore jamais été décrit, ni même cité.
Situation. — Le Polissoir se trouvait (car aujourd'hui nous l'avons acquis et fait transporter dans notre collection) sur le ruisseau l’Hière, servant de limite, aux communes de Saint-Pierre-du-Chemin et de Menomblet et sur le chemin conduisant du village du Chiron au village du Moulin-David et proche de ce dernier village.
Les gens du pays probablement l'ayant recueilli dans leurs champs, l'avaient trouvé commode pour l'utiliser comme pont sur le ruisseau, ses dimensions en faisant une excellente pierre de couverture pour le petit viaduc servant à franchir le ruisseau. Nombre de gens étaient évidemment passés dessus, depuis de longues années, sans en deviner l'utilisation première ! ❜❜

Ce polissoir fut acheté au propriétaire³ du domaine sur lequel il avait été trouvé et donc transporté dans la propriété de Lucien ROUSSEAU à Cheffois, en ce début de siècle il était courant de réunir les "objets" en collection sur un même lieu.
Lorsqu’en 2002 est publié le livre de Joseph POUPIN⁴ «En passant par là...» qui retrace 2000 ans d’histoire à Menomblet. Il est fait mention dans les premières pages de ce polissoir découvert en 1913 dont Bertrand POISSONNIER⁵ dans son ouvrage cite l’article paru en 1914 de la Société préhistorique française mentionné au début. Il y ajoute le schéma du polissoir dessiné par Lucien ROUSSEAU et ajoute l’existence probable d’un second polissoir complétant ce "ponceau" en s’appuyant sur les écrits de Louis CHARBONNEAU-LASSAY «... cite deux polissoirs à la Ménardière» [Commune de Saint-Pierre-du-Chemin]. Ce village n’étant qu’à quelques centaines de mètres du Moulin-David.

Il n’en faut pas plus pour que René CATHELINEAU originaire de Menomblet et son collègue Serge VIVIÈS se mettent à la recherche de ce second polissoir. Aidés dans leur quête par un autre passionné Pierre GRÉAU. Ainsi, entre la collecte d’informations, d’archives et autres rumeurs, ils vont dans un premier temps retrouver la trace du premier polissoir de la collection de Lucien ROUSSEAU.
La persévérance paye enfin en ce mois de janvier 2003, après quelques tentatives infructueuses, 90 ans plus tard, le second polissoir est mis à jour. Aucun doute possible, il s’agit bien d’un autre polissoir enfoui sous la végétation et la terre, que le temps avait dissimulé aux regards de tous. Bertrand POISSONNIER viendra sur place constater et confirmer début février l’authenticité de cette magnifique pierre de plus d’un mètre soixante de long sur environ quatre-vingt-dix centimètres à son point le plus large.
Serge écrira dans un courrier manuscrit et illustré d’une photographie le 19 janvier 2003 :


❝ Selon les données, je cite dans «La Vendée Préhistorique» de l’auteur Bertrand Poissonnier ; «Le polissoir du Moulin-David a été réutilisé en ponceau mégalithique sur le ruisseau de l’Hière, sur le chemin conduisant du village du Chiron au Moulin-David, près de ce dernier. En granite, il mesure 1.80m de long et possède deux rainures, cinq plages polies et deux cuvettes.»
Je confirme l’existence de l’objet précédemment énoncé ; après l’avoir examiné chez Mr Lemounier Jacques qui le détient de son grand-père qui lui-même l’a acheté à Menomblet et l’a fait transporter sur sa propriété à Cheffois.
Après la mise au jour d’un bloc de granite de 1,60m de long, 0,90m de large à la partie la plus large et 27 cm d’épaisseur le 19 janvier 2003 au lieu-dit Moulin-David, à Menomblet ; avec l’aide de Mr Pierre Gréau et Mr René Cathelineau je certifie l’existence d’un second polissoir que le temps semble avoir gardé intact sur le ruisseau de l’Hière qui croise le chemin reliant le village précité et le Chiron. Ce bloc possède sur sa surface quatre rainures de 36, 28, 27 et 25 centimètres de long et 20, 15, 10, 5 mm au plus profond et des plages polies de 3 niveaux entre autres une échancrure contre laquelle venait butter le premier polissoir qui servait de tablier au ponceau. D’après Mr Bertrand Poissonnier que j’ai convié à voir l’objet ; il s’agirait donc bien d’un second polissoir découvert sur le même lieu, puisque le premier a été acheté par L.Rousseau et transporté à Cheffois, d’après confirmation des faits de la part de ses descendants avec qui j’ai pu rentrer en contact... ❜❜


Effectivement, Jacques LEMOUNIER⁶ héritier de Lucien ROUSSEAU possède encore ce polissoir déposé sur la propriété par son grand-père afin de constituer sa "collection" et ne s'oppose pas à une "restitution" pour valoriser sur le site le "ponceau" reconstitué. C’est pour nos découvreurs l’occasion de visualiser le premier polissoir conservé à Cheffois depuis 1913.
Quelques parutions dans la presse locale relatent cette découverte, mais bien vite elle retombe dans l’oubli malgré quelques visites in-situ lors de randonnées pédestres annuelles. La municipalité de Menomblet, qui avait envisagé un moment de valoriser ce patrimoine, après le changement d’équipe municipale suite aux élections de 2008, l’ancien maire renonce finalement à porter seul ce projet d’un "jardin historique" ; une sorte d’écomusée. Contrairement à ce qui était envisagé dans un premier temps en accord avec Jacques LEMOUNIER, le polissoir primaire qui devait être "restitué" à la commune, restera donc à Cheffois si le site du Moulin-David n'est pas valorisé.
Aujourd’hui en janvier 2025 la plupart des "acteurs" de cette découverte ont disparu⁷ et il est difficile de retracer exactement leur démarche. Néanmoins, à la mémoire de mon père, je me suis donné comme objectif de retrouver ce polissoir "oublié" si vite pour essayer de lui redonner une nouvelle chance d’être admiré par nos contemporains. J’étais allé sur le site en avril 2004, mais il m’était impossible de le localiser de façon exacte.
Après trois tentatives personnelles, j’ai pu compter sur la mémoire de ma maman, les indications des photographies et la chance pour le retrouver le 4 mars. C’était relativement facile, étant donné que la zone de recherche était limitée, mais pas toujours d’un accès aisé en ce début d’année pluvieux.
La terre avait commencé à le recouvrir partiellement, mais il avait conservé sa magie et sa splendeur !
Le second objectif de mon initiative consiste à retrouver la trace du polissoir primaire qui serait toujours en place à Cheffois. En lisant la chronologie, on se dit qu’il est facile de retrouver cette pierre, les indications sont clairement mentionnées dans le courrier de Serge VIVIÈS. Mais hélas je n’ai découvert ces indices qu’à posteriori.
En tirant sur la ficelle des livres et des archives disponibles de la Société préhistorique française, j’ai retrouvé dans un premier temps la trace d’un "polissoir déplacé à la Vesinière de Cheffois". Une piste qui s’est vite avérée fausse puisqu’effectivement découvert dans la même période mais en 1911, ce polissoir n’a certainement été déplacé que de quelques dizaines de mètres voire des centaines, mais il ne correspond en rien au polissoir du Moulin-David découvert en 1913.
Avec l’aide de Jean-Pierre MARQUIS, maire actuel de Menomblet à qui j’ai fait part du "projet" j’ai pu contacter Olivier BAZIREAU (ancien maire) et Paul CABRILLET qui avaient quelques indices précieux, et surtout grâce à Claude CATHELINEAU j’ai pu mettre la main sur les archives gentiment prêtées que René, son frère, avait précieusement sauvegardées.
La piste de Jacques LEMOUNIER était ouverte et j’ai pu observer pour la première fois une photographie du premier polissoir qui effectivement correspondait parfaitement au schéma descriptif publié. La maison de Lucien ROUSSEAU à Cheffois existe toujours et une plaque y a été récemment apposée pour indiquer cette belle demeure familiale proche de l’Église en centre bourg. Malheureusement décédé en 2023, je n’ai pas pu rencontrer Jacques, et de polissoir, point de trace sur l’emplacement supposé (jardin extérieur). Mais là encore, en tirant sur quelques ficelles supplémentaires, il s’est avéré que dans une rue voisine un peu à l’écart, Lucien ROUSSEAU avait acquis une autre propriété inhabitée entourée d’un grand mur de pierres, à l’abri des regards ; sa remise où il aimait jardiner, et même élever quelques volailles. L’espoir renaît, la collection était certainement dans ce lieu moins exposé et bien protégé ? Mais il est de courte durée, cette propriété vient juste d’être vendue en ce début d’année et les nouveaux propriétaires ont déblayé les abords pour niveler le terrain. Qu’est devenu le polissoir s’il s’y trouvait, dans ce monticule de terre et de pierres ? Rassurants, les nouveaux acquéreurs font part d’une clause d’achat stipulant le prélèvement de trois pierres préhistoriques sur le site avant achat, par un musée Vendéen.
Toujours en tirant cette nouvelle ficelle, j’ai réussi à contacter Isabelle, l'une des filles de Jacques LEMOUNIER qui m’a confirmé le transfert de trois pierres le 30 décembre 2024 et fait parvenir une photo du polissoir que j’ai pu reconnaître et qui se trouvait bien dans cette seconde propriété.
L’idée maintenant c’est de reconstituer le puzzle en remettant sur le bord de l’Hière le premier polissoir associé au second pour reconstruire ce "ponceau", pas forcement disposé ici par les hommes du néolithique, mais si déplacement il y a eu pour faciliter le franchissement de la rivière, cette "construction" mérite de retrouver sa place⁸.
Le projet actuel serait d’y retrouver un espace agréable au bord de l’eau avec un aménagement adapté pour que les randonneurs y trouvent facilement accès et bien entendu quelques panneaux explicatifs agencés pour ne pas dénaturer le lieu. Ces vestiges de nos plus lointains ancêtres mis en valeur, méritent le respect et j'espère que cette initiative servira également à la transmission de ce patrimoine pour les générations futures.
Bertrand ROUSSEAU ne travaille plus sur des projets vendéens depuis quelques années, mais lorsque je lui ai fait part de cet objectif, il était enthousiaste et a validé cette idée, tout comme les filles de Jacques LEMOUNIER.
J’espère donc pouvoir mener à bien cette [pré]histoire... Je remercie ma famille, tous ceux qui m’ont suivi et ceux qui voudront bien me suivre dans cette démarche.


¹ Lucien ROUSSEAU (1875-1951) Né à Cheffois [85] Propriétaire terrien et marchand de bois, il devient maire de cette commune de 1921 à 1925. Membre de la Société d’émulation de la Vendée, ses amitiés avec le Dr Marcel Baudoin vont lui permettre de s’adonner à sa passion de l’archéologie et d’être présenté à La Société préhistorique française en 1912. Outre celle du polissoir du Moulin-David, on lui doit de nombreuses découvertes et particulièrement celle dite du "Ciste des Cous" à Bazoges-en-Pareds [85]. Sa fille unique Madeleine épouse Henri LEMOUNIER pharmacien à Chauvigny [86] ce qui lui donne l’occasion de multiples recherches le long des rives de l’Anglin qui font aussi l’objet de mentions dans des bulletins de la Société préhistorique française. Il est promu officier dans l’ordre des Palmes académiques et poursuit ses fouilles interrompues par la guerre en 1939. Après la guerre, souffrant, il ne retournera pas dans la Vienne. https://catalogue-roc-aux-sorciers.fr/html/12/collection/1_5_5.html
² https://www.persee.fr/doc/bspf_0249-7638_1914_num_11_4_7115
³ Il existe un acte notarié qui fait état de cette transaction avec la famille De Villeneuve propriétaire des lieux.
⁴ « En passant par là ... » Joseph POUPIN – Auto édition Siloë 10/2002 pages 10 et 35
⁵ « La Vendée préhistorique » Bertrand POISSONNIER – Geste Edition 1997 page 168
⁶ Jacques LEMOUNIER petit fils de Lucien ROUSSEAU (1928-2023) avait pris soin de conserver l’héritage dans la propriété familiale à Cheffois [85]
⁷ Joseph (†2012) Serge (†2015) René (†2020) Pierre (†2021) et Jacques (†2023)
⁸ Même si l’emplacement reste hypothétique sur la position véritable, ce premier aurait très bien pu ne pas être directement associé au second. Ce qui accréditerait une thèse de 2 ponceaux ? En effet la "géolocalisation" sur la carte de 1913 dans la revue de la Société préhistorique française laisse planer un doute sur l’emplacement de la découverte annoté «P» et qui ne correspond pas vraiment à l’emplacement de la découverte du second en 2002. Peut-être que la retranscription de l’époque était approximative (article rédigé en 1914 presqu’un an après la découverte et certainement quelques mois après son déplacement ?) … Mais pourquoi n’ont-ils pas fouillé davantage à proximité puisque ces deux polissoirs sont supposés jointifs ?


Non loin de là se trouve un autre site, celui de la Pierre Brune. Il reste à explorer afin de savoir si son aspect qui semble naturel dans ce pays de chirons, n’a pas eu un autre usage. Nous ne pouvons manquer de signaler aussi le site bien connu des habitants de Menomblet : Saint Roch. Un sorte de sanctuaire thérapeutique païen, un "bois sacré" où des cupules et une "empreinte pédiforme" ont été décrites, sur trois pointements de granit.